• Jules Verne et l'image

    Verne a été lu, mais rarement "adoubé" par ses pairs au motif que ses livres adressés à la jeunesse ne pouvaient être tenu pour de la littérature sérieuse. Et les efforts fournis, à partir des années 1950, pour réhabiliter l'écrivain par son écriture seulement ne rendait pas forcément compte de cet objet hybride qu'est le Voyage extraordinaire : certes des dizaines de milliers de pages formant les 62 romans mais aussi plus de 6000 illustrations, des mises à la scène par Verne lui-même de ces livres en féeries spectaculaire a pu être perçue par les académiciens et les "vrais" écrivains comme puérile et antilittéraire. 

       Verne est originale et intéressant pour cette raison, parce qu'il soulève des question littéraires non orthodoxes et qu'il n'est " pas forcément un écrivain ". C'est Jean Delabroy qui a osé ce doute puis la magnifiquement dissipé quand il a dit que Verne a été un écrivain non par ses livres , non par le travail d'âne de l'écriture mais par sa
    " possession de l'image ", images formidable qui tirent en avant chacun de ses livres. Au fond, l'illustration, le théâtre, les plaques de lanternes magiques, le cinéma et la télévision, le phénomène d'adaptation du texte découle de cette possession de l'image, de la dynamique "imageante" de cette imagination. C'est finalement ce trait - l'image à lire et à voir -, qui explique que Jules Verne ait pénétré si facilement le monde, que son héritage soit chaque jour plus florissant dans l'industrie culturelle, bien qu'on lise de moins en moins ses livres, comme les classiques en général. 
    Quand nous pensons à lui, nous ne voyons plus que de grandes images. C'est plus fort que nous, ou plutôt, ces images sont plus forte que nous.

     L'image, si elle a fait le succès de Verne, lui a joué des tours, dont celui, justement, de le réduire à une image : celle du pédagogue enchanteur de la jeunesse et du "père" de la science-fiction. 

    En France, le premier succès des Voyages extraordinaires était lié au "merveilleux scientifique" à la manière dont Verne avait fait de la machine un objet de spectacle et d'émerveillement, à une époque où chaque innovation technologique semblait le fruit d'une magie industrielle. La tombée en désuétude de ses grands romans s'explique en partie par le fait que les techniques qu'ils décrivaient ( la vapeur, les ballons... ) ont paru obsolète aux jeunes lecteurs des générations suivantes. Le monde de Verne a disparu dans la Grande Guerre, enfoui désormais sous la nostalgie du passé et de l'enfance.  

     

     

     


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