• Frritt-Fracc

     

    Dans la petite ville imaginaire de Luktrop, officie le docteur Trifulgas, qui ne s'intéresse qu'à l'argent de ses patients. Un soir de pluie et de vent, on frappe à sa porte. C'est la fille du craquelinier Vort Kartif qui vient réclamer ses bons offices pour son père. Mais Vort Kartif est pauvre, et le médecin la renvoie. C'est au tour de la femme du craquelinier de tenter une démarche, tout aussi inutile. Enfin, la mère vient offrir cent vingt fretzers à Trifulgas. Ce dernier, de son plein gré se décide à rendre visite à Vort Kartif.

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    Frritt Flacc est, après Gil Braltar, la nouvelle la plus courte que Jules Verne ait écrite et semble remonter à une commande de la rédaction du Figaro Illustré dans lequel elle fut publiée en décembre 1884.  Finalement, Frritt Flacc est éditée en 1886 pour compléter matériellement un autre volume d'un autre roman considéré comme trop court, un billet de loterie.

    Son caractère insolite et fantastique en apparence étranger à l'oeuvre de Verne ne peut pas cacher que Frritt Flacc fait bien partie, par son esprit, des Voyages extraordinaires. Si la position géographique reste floue, la nouvelle réunit trois aspects essentiels de la géographie vernienne : la mer, le volcanisme et l'orage, représentant quatre éléments de la nature (eau - feu - terre - air). Un volcan en arrière-plan domine la scène éclairant de son feu le passage du médecin vers les enfers.   

    Frritt-Fracc est bien l'histoire du châtiment d'un homme de la science adonné sans réserve au matérialisme, qui a oublié la destination humaniste de sa science qu'est la médecine. 

    Frritt-Fracc nous montre le rapport entre le médecin et les récits à effets fantastique au XXè siècle. En effet, le docteur Trifulgas peut nous apparaître comme le double inversé des habituels médecins. S'il n'est pas superstitieux, il ne croit à rien, même pas à la science, excepté pour ce qu'elle lui rapporte. Il vit dans un déni total de son rôle, conservant seulement sa position sociale pour son savoir et sa pratique. Sa cupidité le mettra face à sa propre mort. Il se voit en train de se soigner et il se meurt entre ses mains.

    L'invention linguistique participe ici de l'imaginaire d'un territoire aussi mystérieux qu'insolite. La sonorité de ces mots étranges, si elle surprend, demeure cependant mélodieuse et invite au voyage. Il nous importe peu de savoir quelle réalité se cache derrière ces mots inconnus. Car le résultat est saisissant : dès l'amorce du récit nous sommes transporté dans un autre monde, une autre géographie, une autre langue. 

    Jules Verne transpose son récit dans un univers étrange, fantastique, qui renforce le tragique de la situation, car le médecin, qui renie ici son serment d’Hippocrate, fait route vers sa propre mort. Un récit digne d'un Edgar Poe ou d'un Hoffman. Par son comportement, le médecin précipite sa propre destinée. Mais il ne le sait pas.  

    Pour développer ce sujet, Jules Verne a recourt au motif du sosie, qui dans son oeuvre, est souvent lié au crime et au châtiment (La maison à vapeur - Nord contre sud - Famille-sans-nom). Avec cette nouvelle, Verne se plonge plus particulièrement dans le sillage de deux de ses auteurs préférés ; Charles Dickens et Edgar Poe, et adopte leur approche moralisatrice du conte fantastique. Du Chant de Noel de Dickens, Verne emprunte le personnage de l'égoïste Scrooge/Trifulgas confronté par trois apparitions successives à sa propre perte ; si Scrooge arrive à changer sa vie et à devenir un être bon et bienfaisant, il n'en est pas ainsi de Trifulgas qui meurt par la mort de son sosie comme William Wilson de Poe, l'autre modèle littéraire.  

     

     


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