• La Jangada

    Deux hommes se sont dressés face à face sur la "Jangada", gigantesque radeau de troncs d'arbres, qui descend l'Amazone entre les impénétrables murailles de la forêt vierge. L'un est Torrès, cynique aventurier, spécialisé dans la chasse aux esclaves et aux criminels en fuite ; l'autre est Joam Dacosta, un planteur qui, vingt ans auparavant, a pu s'échapper du Brésil et se réfugier au Pérou, après avoir été condamné pour un crime qu'il n'a pas commis. Aujourd'hui, Torrès a jeté le masque : en possession d'un document chiffré, prouvant l’innocence du planteur, il propose à celui-ci un infâme marché...  Et le radeau continue à descendre l'immense fleuve, tandis que le drame se noue, implacable. Chaque jour rapproche Dacosta de la prison et de la mort qui l'attendent, une fois la frontière franchie.

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     Verne est lui aussi un visionnaire de la nature. Il exalte sa démesure  "Incommensurable". Il célèbre sa puissance et son harmonie, mais aussi son exubérance, sa violence

     L'Amazone : extrait

    Je veux tout voir et tout savoir de ce roi des fleuves de la terre. […] « Le plus grand fleuve du monde entier ! » disait le lendemain Benito à Manoel Valdez.

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    Et à ce moment, tous deux, assis sur la berge, à la limite méridionale de la fazenda, regardaient passer lentement ces molécules liquides qui, parties de l’énorme chaîne des Andes, allaient se perdre à huit cents lieues de là, dans l’océan Atlantique. […]

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    « Et le fleuve qui débite à la mer le volume d’eau le plus considérable ! répondit Manoel.

    • tellement considérable, ajouta Benito, qu’il la dessale à une grande distance de son embouchure, et à quatre-vingts lieues de la côte, fait encore dériver les navires ! […]

    • Et, sur toute son étendue, reprit Manoel, comme les mille tentacules de quelque gigantesque poulpe, deux cents affluents, venant du nord comme du sud, nourris eux-mêmes par des sous-affluents sans nombre, et près desquels les grands fleuves de l’Europe ne sont que de simples ruisseaux !

    • Et un cours où cinq cent soixante îles, sans compter les îlots, fixes ou en dérive, forment une sorte d’archipel et font à elles seules la monnaie d’un royaume ! […]

    • Et dont l’Océan ne parvient à refouler les eaux qu’en soulevant, dans une lutte phénoménale, un ras de marée, une « pororoca », près desquels les reflux, les barres, les mascarets des autres fleuves ne sont que de petites rides soulevées par la brise ! […]

    • Un fleuve qui, soit par lui-même, soit par ses affluents et sous affluents, ouvre une voie commerciale et fluviale à travers tout le nord de l’Amérique, passant de la Magdalena à l’Ortequaza, de l’Ortequaza au Caqueta, du Caqueta au Putumayo, du Putumayo à l’Amazone ! Quatre mille milles de routes fluviales, qui ne nécessiteraient que quelques canaux, pour que le réseau navigable fût complet !

    • Enfin le plus admirable et le plus vaste système hydrographique qui soit au monde ! »

    Ils en parlaient avec une sorte de furie, ces deux jeunes gens, de l’incomparable fleuve ! Ils étaient bien les enfants de cet Amazone, dont les affluents, dignes de lui-même, forment des chemins « qui marchent » à travers la Bolivie, le Pérou, l’Equateur, la Nouvelle-Grenade, le Venezuela, les quatre Guyanes, anglaise, française, hollandaise et brésilienne ! Que de peuples, que de races, dont l’origine se perd dans les lointains du temps ! Eh bien, il en est ainsi des grands fleuves du globe ! 

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    Une fois de plus, Jules Verne fait référence à Edgar Poe, et ceci en trois occasions : 

    - Dans le chapitre XII, Jules Verne se réfère explicitement à cette nouvelle fort célèbre "Le Scarabée d'or" dans laquelle intervient le décryptement de message écrit avec un chiffre secret et dont nous allons en parler un peu plus loin dans cette analyse

    -  Dès les premières pages de la Jaganda, Poe apparaît puisque l'amusant épisode du singe qui dérobe la précieux étui à Torrès est directement inspiré de la nouvelle "Double assassinat dans la rue Morgue", où un orang-outang vole le rasoir à un marin

    - La remontée en surface du cadavre de Torrès, provoquée par un coup de canon et l'ébranlement sonore des eaux, est analysée par Poe dans sa nouvelle "Le Mystère de Marie Rogêt".  

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    La Jangada

    Dans ce roman, il décrit la construction " d'un énorme train, que serait une de ces jangadas ou radeaux du fleuve, à laquelle on donnerait les dimension d'un îlot , utilisé par ses héros pour descendre l'Amazonie.

    La jangaga de Jules Verne est constituée de troncs liés ensemble par des lianes piaçaba suivant les même techniques des indigènes sur leurs jangadas traditionnelles. Mais loin des jangadas maritimes de 8 m, son radeau mesure 1000 pieds de longueur et 60 de large ! A l'arrière ont été installés une maison de maître bourgeoisement destinés au logement de 40 indiens et 40 noirs, des magasins remplis jusqu'à la gorge, au milieu une chapelle et un presbytère et à l'avant, un poste de pilotage.

    Bref, un village flottant ! Il est vrai qu'une des définitions du mot jangada en portugais est un train de bois flottant.

     Inspiration

    Les romans de Jules Verne au Brésil sont rare mais par contre la description dans "La jangada" des ressources de l'Amazonie, des moeurs locales est assez riche. D'où provient cette inspiration ? D'où provient cette documentation qui a permis d'écrire ce roman ?

    En 1843, pour des raison politique, le Péruvien José Manuel Valdez Y Palacios est forcé de fuir le Pérou et de se réfugier au Brésil. Dans un livre, il relate son voyage de Cuzco jusqu'à Belem en suivant en radeau le cours de l'Amazone. Un des héros de ce livre s'appelle Manoel Valdez, il est brésilien et la jangada descend jusqu'à Belem du Parà. Il existe en effet beaucoup de similitudes. Comment Jules Verne a-t-il eu connaissance de ce récit écrit uniquement en
    portugais ? 

    Le message chiffré ou cryptogramme

    Le message chiffré représente un grand thème de l'oeuvre vernienne. Pour rappel, nous avons celui, remarquable et ingénieux qu'il en fait dans "Le Voyage au centre de la Terre" dans lequel le professeur Lidenbrock doit résoudre le mystère d'un parchemin sur lequel est inscrit un message incompréhensible en signes runiques. Une autre énigme de ce genre est à l'origine de l'histoire dans "Les enfants du capitaine Grant". Chaque fois, toute l'action dépendra du déchiffrage d'un cryptogramme ou un message dont certaine lettres ont été effacées accidentellement. Nous retrouverons également le codage à grille pour un message clef dans "Mathias Sandorf". Et encore dans l'extraordinaire nouvelle posthume "L'Eternel Adam". Est-ce simple désir d'un romancier astucieux qui sait l'art de ménager ses effets ? Non, car Jules Verne était un passionné de ce genre d'activité cérébrale.

    Petite anecdote : 

    On raconte qu'en 1881, La Jangada paraissant en feuilleton dans "Le magasin d'éducation et de récréation", un camarade nommé Saumaire, élève de l'Ecole Polytechnique comme lui, était parvenu à déchiffrer le cryptogramme, et ceci, bien sûr, avant que Jules Verne en donne la solution. L'histoire, peut être enjolivée, prétend que Jules Verne vint à l'Ecole polytechnique se faire expliquer par son jeune lecteur comment il avait procédé. Bien que d'Ocagne ne précise pas la méthode, Saumaire a probablement utilisé la méthode de Babbage/Kasiski, publiée en 1863, soit 18 ans plus tôt.       

     

     

     


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